Historique complet de l’eau en Guadeloupe
De la période antérieure à la départementalisation à la crise actuelle : retour sur l’évolution de la gouvernance de l’eau en Guadeloupe et les causes structurelles de la situation d’aujourd’hui.
Historique institutionnel
De la période antérieure à la départementalisation à la création du SMGEAG en 2021, retour sur l’évolution de la gouvernance de l’eau en Guadeloupe.
Cette carte documente le cas de la ville de Basse-Terre, seul territoire pour lequel une source institutionnelle détaillée a été identifiée pour cette période. Elle n’est pas représentative de l’ensemble de l’archipel et ne doit pas être lue comme la genèse directe des structures actuelles (SIAEAG, SMGEAG).
- Dès 1742 : des contrats attestent de cessions d’eau entre particuliers et communautés religieuses (jésuites, carmes, frères de la Charité), premières à capter les ravines pour alimenter leurs propriétés
- 1787 : un plan de la ville donne un relevé complet du réseau de canaux desservant établissements militaires, publics et religieux
- 1788 : un barrage capte la rivière aux Herbes au quartier Saint-François ; la ville compte alors 3 fontaines publiques
- 1873 : travaux municipaux d’ampleur (nouvelle conduite depuis les ravines Roche et Malanga, massif de la Soufrière), financés par deux emprunts totalisant 200 000 F
- 1878-1935 : dégradation progressive — le barrage de Malanga se comble faute d’entretien dès 1878 ; en 1935 les débits sont insuffisants et la rivière aux Herbes est déclarée impropre à la boisson
- 20 septembre 1949 : le captage de la rivière aux Herbes est détruit par une crue
- Décembre 1949 : un syndicat intercommunal est fondé pour la gestion de l’eau de Basse-Terre — distinct du SIAEAG (créé en 1963 sur le périmètre de Pointe-à-Pitre), sans continuité institutionnelle directe établie entre les deux structures
- 1954 : ce syndicat afferme la gestion de l’eau à la SOCEA Balency
- 1960 : la distribution repasse en régie municipale directe
Après la départementalisation de 1946, la DDE (Direction Départementale de l’Équipement) — bras technique de l’État pour les infrastructures — assurait la production et la distribution d’eau potable dans de nombreuses communes, notamment rurales.
Missions de la DDE :
- Planification et construction des réseaux, maîtrise d’ouvrage des infrastructures (barrages, captages, stations de traitement)
- Exploitation directe du service dans les zones non couvertes par les communes
- Compétence générale de l’État en matière d’aménagement du territoire et d’hygiène publique
- Construction du réseau initial dans les années 1960-1970
Avec les grandes politiques d’aménagement des DOM-TOM, l’action pour l’accès à l’eau potable a été largement portée par l’État et les structures d’équipement.
Création des premiers opérateurs locaux :
- 26 avril 1963 : création du « Syndicat Intercommunal d’Adduction d’Eau de la Région de Pointe-à-Pitre » (futur SIAEAG)
- 18 octobre 1968 : signature du contrat d’affermage entre le syndicat et un opérateur privé de la lignée Sogea (groupe Saint-Gobain à l’époque) pour l’exploitation du réseau de distribution. La personne morale « Générale des Eaux Guadeloupe » telle qu’elle existe aujourd’hui (SIREN 342397270) n’est créée qu’en juillet 1987, dans le cadre d’une réorganisation du groupe (cession des activités d’exploitation de Sogea/Saint-Gobain vers la Compagnie Générale des Eaux) ; elle reprend vraisemblablement ce contrat à cette date.
- Création du Syndicat Intercommunal du Sud de la Côte Sous le Vent (SISCSV)
- Création du Syndicat Intercommunal des Grands Fonds (SIGF)
- Création du Syndicat Mixte du Nord Grande-Terre (SMNGT)
Avec l’urbanisation et l’augmentation des besoins (agriculture, tourisme, habitat), la question de la ressource et de la qualité devient plus pressante. Les années 1980 marquent une prise de conscience croissante du « problème de l’eau » : quantité, qualité, pertes réseau.
La loi du 7 janvier 1983 (loi Defferre) confie aux communes la responsabilité du service public de l’eau et de l’assainissement.
Juillet 1987 : création de la personne morale « Générale des Eaux Guadeloupe », dans le cadre de la réorganisation du groupe Saint-Gobain/Compagnie Générale des Eaux qui s’opère au niveau national à cette période (cession des activités d’exploitation de l’eau de Sogea vers la Compagnie Générale des Eaux, restructuration documentée pour d’autres territoires d’outre-mer autour de 1988).
Transferts progressifs de compétences :
- La DDE cesse d’être exploitant direct
- Les syndicats intercommunaux reprennent progressivement les réseaux de la DDE
- Transferts matériels et financiers actés par arrêtés préfectoraux entre 1984 et 1995
- Premières coupures d’eau sporadiques dans certaines communes
- Début de la dégradation des canalisations en amiante-ciment
Mise en place d’outils de planification (SDAGE, schémas départementaux) et montée en puissance d’acteurs techniques et financiers locaux : Office de l’eau Guadeloupe, comité de bassin, Observatoire de l’eau.
Fin de l’intervention directe de la DDE :
- Vers 1998-1999, la DDE de la Guadeloupe cesse toute activité directe d’exploitation de réseaux
- Les derniers réseaux ruraux sont transférés aux syndicats locaux
- Les personnels techniques sont redéployés ou mis à disposition des nouvelles régies
- Lois nationales et directives européennes confirment la pleine compétence des collectivités
- Taux de pertes estimé dépassant déjà les 40-50%
1997 : un rapport de la Direction départementale de l’équipement conclut à de graves dysfonctionnements chez le délégataire : délégations de service public prolongées sans remise en concurrence, absence de rapport annuel obligatoire, secret commercial opposé à l’État. Déjà 50% de l’eau produite se perd et seule la moitié de la production est facturée.
1997 : élection à la présidence du SIAEAG d’un responsable qui restera en poste jusqu’à sa démission forcée en 2014 — début d’une période de dérive de la gouvernance (voir encadré ci-dessous). 1999 : première édition des manifestations annuelles connues sous le nom de « Journées de l’Eau ».
Sous la présidence de 1997 à 2014, le SIAEAG organise à partir de 1999 des manifestations annuelles fastueuses, les « Journées de l’Eau », qui deviendront le cœur d’une affaire pénale pour détournement de fonds publics.
- 6,9 M€ de dépenses de communication relevées sur la période 2005-2011, dont la moitié pour les Journées de l’Eau, selon le rapport de la Chambre régionale des comptes
- Marchés publics de communication et d’événementiel entre 578 000 € et 654 000 € chacun, attribués à des sociétés de communication, avec des soupçons de non-respect du code des marchés publics
- Déplacements d’élus financés sans lien avec l’objet du syndicat, qualifiés de « dépenses somptuaires » dans le dossier pénal
- 13 septembre 2019 : réquisitoire du procureur devant le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre, pour des faits portant sur 2007-2010 ; le procureur requiert 5 ans de prison (dont 3 avec sursis), une inéligibilité définitive et 500 000 € d’amende contre le président du SIAEAG ; les quatre coprévenus (dirigeants de sociétés de communication) sont poursuivis pour recel
- 28 novembre 2019 : condamnation à 3 ans de prison (dont 2 avec sursis) et 150 000 € d’amende pour détournement de fonds publics et favoritisme ; les coprévenus sont relaxés
La Guadeloupe est gérée par un ensemble fragmenté d’acteurs : communes, plusieurs syndicats intercommunaux, régies, opérateurs privés. Cette fragmentation a contribué à un sous-investissement chronique sur certains réseaux.
- Taux de pertes élevés et performance inégale selon les territoires
- 2000-2008 : le contrat d’affermage passe temporairement de la Générale des Eaux Guadeloupe à la SOGEDO (société de gérance et de distribution d’eau, opérateur indépendant fondé en 1954, basé en France)
- 2008 : le SIAEAG met fin au régime d’affermage et signe avec la Générale des Eaux Guadeloupe un marché public de prestation de services — une obligation de moyens plutôt que de résultat, dans un objectif de meilleur contrôle sur l’opérateur. Ce changement transfère au SIAEAG le risque de recouvrement des factures : le délégataire devait facturer et recouvrer sous 60 jours, au-delà desquels la décision de poursuivre le recouvrement (titres exécutoires) revenait au syndicat
- À partir de 2008, le SIAEAG choisit de ne plus couper l’eau aux mauvais payeurs et n’émet jamais les titres exécutoires prévus après le délai de 60 jours — une décision présentée comme politique (maintien d’un prix de l’eau bas) qui explique une large part de la dégradation financière ultérieure
- 2012 : un nouveau logiciel de facturation (déployé aussi en Alsace-Lorraine, où il sera abandonné dès 2015) provoque un « accident industriel » : environ 80% des factures sont émises en 2012, le solde étant rattrapé les années suivantes
- Fin 2013 : première défection majeure du SIAEAG — la Communauté d’Agglomération du Sud Basse-Terre (CASBT, où se trouve la ressource principale de Capesterre-Belle-Eau) quitte le syndicat, entraînant des conflits sur la propriété des installations et les droits d’eau
- Le taux d’impayés passe d’environ 10% en 2008 à près de 35% selon un rapport du CGEDD de mai 2018
À l’issue de 44 jours de mobilisation sociale menée par le collectif LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon), un protocole d’accord est signé le 4 mars 2009 au port autonome de Pointe-à-Pitre entre le Préfet de la Guadeloupe, le Président du Conseil Régional, le Président du Conseil Général, le porte-parole du LKP, le Président de l’association des Maires de Guadeloupe et les communes/EPCI concernés. Ce protocole, distinct de l’accord salarial « Jacques Bino » du 26 février 2009, comporte 165 points couvrant de nombreux domaines, dont une section dédiée à la « Baisse du prix de l’eau » (points 33 à 39).
Point 33 : huit structures de production et de distribution d’eau potable (CCSBT, SISCSV, régie de Vieux-Fort, SIAEAG, SIEPA Pointe-à-Pitre/Abymes, régie de Sainte-Rose, régie du Lamentin, régie de Trois-Rivières) s’engagent à baisser le prix de l’eau avant la fin du premier semestre 2009, selon un barème dégressif allant de 3% (eau vendue entre 1,30 € et 1,50 €/m³) à 10% (eau vendue au-delà de 3 €/m³), appliqué sur la « tranche sociale » de consommation (160 m³/foyer/an).
Point 34 : la Région s’engage à ramener à 1% le taux de l’octroi de mer régional grevant le prix du m³ d’eau potable.
Point 35 (texte exact) : « Les structures de production et de distribution d’eau potable acceptent de se regrouper et de se fondre dans un syndicat unique de gestion de l’eau avant la fin de l’année 2009. L’État et le conseil général, directement et par le truchement de l’Office de l’eau, établissement public rattaché au conseil général, apporteront leur concours administratif et technique à la mise en place de ce syndicat unique de gestion et de distribution de l’eau à l’échelle de la Guadeloupe. Cette rationalisation organisationnelle permettra d’unifier le prix de l’eau sur le territoire et sera de nature à en faire baisser le prix moyen grâce à la mutualisation des moyens et à l’interconnexion optimisée des réseaux. »
- Point 36 : l’État s’engage à apporter sa contribution financière (crédits FEDER, crédits SEOM et ONEMA) à un plan de rénovation des réseaux de distribution à l’échelle de la Guadeloupe, porté par le futur syndicat unique — le protocole rappelle qu’à cette date, le rendement du réseau est de l’ordre de 50% (il faut pomper et traiter 2 m³ pour en acheminer 1 m³ au robinet)
- Avril 2010 : le LKP/UGTG dénonce publiquement le non-respect de l’échéance fixée par le point 35 (fin 2009), après que le Préfet a évoqué un « opérateur unique » sans qu’il soit encore mis en place
- Le syndicat unique promis par le point 35 ne verra concrètement le jour que près de 12 ans plus tard, avec la création du SMGEAG (loi du 29 avril 2021, opérationnel au 1er septembre 2021 — voir carte suivante)
Les enquêtes, audits et rapports mettent en évidence des difficultés financières et de gouvernance au SIAEAG, et la nécessité d’une réforme pour centraliser et fiabiliser la gestion.
- Taux de fuite alarmant atteignant 60-70%
- 2014 : démission forcée du président du SIAEAG en poste depuis 1997, à la suite du scandale de gestion
- Décembre 2014 : à l’issue d’un mouvement de grève majeur touchant toute l’île, un accord met fin à la relation contractuelle avec la Générale des Eaux Guadeloupe. Les 14 M€ versés à cette occasion correspondent au règlement de factures déjà approuvées par le SIAEAG mais restées impayées — non à une indemnité de rupture ; l’opérateur renonce en échange à réclamer plus de 14 M€ supplémentaires, moyennant une clause de non-poursuite négociée sous l’égide du préfet
- Les pertes cumulées de la Générale des Eaux Guadeloupe entre 2008 et 2017 atteignent 120 M€
- 1er janvier 2017 : sur le territoire de la Communauté d’Agglomération du Nord Grande-Terre (CANGT), la Générale des Eaux se retire à son tour des contrats en cours ; la CANGT choisit d’intégrer le SIAEAG
- Juin 2020 : le tribunal administratif condamne le SIAEAG en référé à fournir quotidiennement six bouteilles d’eau aux 207 requérants de l’association #BalanceTonSIAEAG (Grande-Terre, La Désirade), pour défaillance dans l’accomplissement de ses missions
- 1er octobre 2019 : la Générale des Eaux Guadeloupe cesse toute activité opérationnelle en Guadeloupe ; les communes de Lamentin (jusqu’au 31/12/2022) et Deshaies (jusqu’au 31/12/2023) passent en DSP à Eaux’Nodis, société fondée par d’anciens salariés de la Générale des Eaux
- 2015 : la loi NOTRe impose la compétence eau-assainissement aux intercommunalités
Mars-juillet 2021 : une commission d’enquête de l’Assemblée nationale « relative à la mainmise sur la ressource en eau par les intérêts privés » auditionne pendant six mois l’ensemble des acteurs impliqués — élus, opérateurs privés (Générale des Eaux, Suez, Saur), anciens dirigeants, associations d’usagers — soit près de 80 auditions.
15 juillet 2021 : le rapport de la commission (n°4376) est déposé et adopté à l’unanimité. Il pointe la responsabilité des élus locaux « ayant sciemment organisé l’incapacité de leurs propres services à contrôler Veolia ou les autres acteurs privés » délégataires, et la commission transmet le rapport au procureur de la République pour l’ouverture d’une enquête plus large sur d’éventuelles malversations dans l’attribution et la gestion des marchés d’eau et d’assainissement en Guadeloupe.
29 avril 2021 : la loi n°2021-513 crée le Syndicat Mixte de Gestion de l’Eau et de l’Assainissement de Guadeloupe (SMGEAG).
1er septembre 2021 : le SMGEAG devient opérationnel et reprend l’ensemble des missions du service public de l’eau potable et de l’assainissement sur la Guadeloupe (hors Marie-Galante).
- Regroupement et professionnalisation de la gestion sur l’ensemble de la Guadeloupe (hors Marie-Galante)
- Compétences : AEP, assainissement collectif et non collectif, eaux pluviales urbaines
- Objectif : réduire la fragmentation historique et faciliter les investissements structurants
- Fusion des derniers syndicats indépendants
- Une réforme majeure après plus de 70 ans d’histoire mouvementée
Une opportunité de rupture avec un modèle qui a montré ses limites, mais les défis restent immenses face à des décennies de sous-investissement.
À la suite des rapports alarmants de la Chambre régionale des comptes de juillet 2025, le Président du Conseil Départemental annonce et convoque un Congrès des élus consacré à l’eau, réunissant à Basse-Terre l’ensemble des niveaux de collectivités, les représentants de l’État et les acteurs économiques du territoire.
17 juin 2025 — le XIXe congrès, un an plus tôt : le Congrès des élus de Guadeloupe avait déjà siégé un an avant, sur l’évolution institutionnelle du territoire, et avait adopté quatre résolutions. Sa résolution n°2 « moyens financiers et ressources » porte précisément sur l’autonomie fiscale : sous réserve de référendum, elle propose de doter la Guadeloupe d’un pouvoir normatif autonome en matière de fiscalité locale, incluant la redéfinition de l’assiette et des taux de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur les sociétés, l’introduction d’une « TVA guadeloupéenne » en remplacement de la TVA nationale, la simplification de l’octroi de mer, la redéfinition de la taxe foncière, la capacité pour la collectivité d’assurer elle-même le recouvrement des impôts et taxes, et une dotation globale de compensation de l’État pour les transferts de compétences.
24 juin 2026 : le XXe congrès des élus consacré à l’eau se tient au Palais du Conseil départemental. Aux échanges participent notamment le Préfet de Région, ainsi que les représentants du monde économique (Union des entreprises de Guadeloupe, Chambre de commerce et d’industrie des Îles de Guadeloupe), qui qualifient la situation d’« urgence nationale ». Plusieurs associations et collectifs citoyens se mobilisent en parallèle devant le Conseil départemental pour dénoncer une situation jugée toujours dégradée.
Les chiffres présentés en séance (slides du cabinet ARFI, mandaté pour le diagnostic financier) :
- Schéma directeur AEP : 783 M€ sur 10 ans — 333 M€ hors renouvellement, répartis en 5 actions détaillées, et 450 M€ dédiés au seul renouvellement du réseau
- Plan d’action prioritaire : 213,5 M€ sur 5 ans, engagé à hauteur de 108,5 M€ (51%) au moment du congrès — 107 dossiers au total : 27 études, 55 travaux, 25 déjà achevés
- Dette du SMGEAG : environ 90 M€ à fin 2025 (fournisseurs, bancaire, fiscale et sociale)
- Clé de répartition proposée pour financer le déficit de fonctionnement : État 14 M€ (via le programme budgétaire 123, inscrit en LFI 2026, pour la seule année 2026) + Région 4 M€ + Département 4 M€ + EPCI 8 M€, soit 30 M€ au total
Éléments de débat rapportés par la transcription (source faible, non recoupée avec un document écrit) : un déficit de fonctionnement annoncé à 30-40 M€/an jusqu’en 2031, et une trésorerie du SMGEAG présentée comme « asphyxiée », notamment par le remboursement d’un prêt de la Caisse des Dépôts (~4 M€/an) que le syndicat souhaite renégocier.
À l’issue des échanges du 24 juin 2026, quatre résolutions sont adoptées à l’unanimité :
- Réparer jusqu’à 10 000 fuites par an et accélérer la reconstruction des réseaux
- Redresser les finances du SMGEAG, notamment par la création d’une structure de défaisance inspirée de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES), afin de cantonner la dette historique héritée du SIAEAG et de restaurer la capacité d’investissement du syndicat
- Demander à l’État de participer à un pacte de solidarité financière pour couvrir le déficit d’exploitation du syndicat, évoqué à hauteur de 14 M€ lors du Congrès
- Créer un chèque eau et une tarification sociale pour les ménages les plus précaires
29 juin 2026 : cinq jours plus tard, l’ensemble des représentants de la Guadeloupe — le Président du Conseil Départemental (Président du Congrès), le Président du Conseil Régional, les quatre députés, les trois sénateurs et le Président de l’Association des Maires de Guadeloupe — adressent conjointement un courrier solennel au Président de la République et au Premier ministre. Ce courrier décline les résolutions du Congrès en cinq engagements précis attendus de l’État, dont la création et le financement d’une Opération d’Intérêt National (OIN).
Un point d’étape entre les acteurs de l’eau est annoncé pour le 30 septembre 2026.
21 novembre 2025 : dans un avis rendu public, la Chambre régionale des comptes Antilles-Guyane corrige à la hausse le déficit du SMGEAG pour 2025 — 57,5 M€, contre 41 M€ voté en juin par le comité syndical — et impose un plan de redressement sur cinq ans, sous surveillance renforcée jusqu’en 2030.
Dans ce contexte, le SMGEAG engage la mise en place d’une nouvelle structure opérationnelle, la Régie Archipel’Eau : le SMGEAG demeure l’autorité organisatrice et décisionnelle, la régie devenant le « bras opérationnel » chargé de l’exploitation (facturation, relation clientèle, travaux d’exploitation, réparations de fuites).
- Début 2026 : la régie est en phase de préfiguration ; le périmètre précis de ses compétences est encore en cours de définition en lien avec le SMGEAG, les collectivités membres et les partenaires institutionnels
- Juillet 2026 : le SMGEAG retient une candidature pour le poste de directeur général de la future régie, sous réserve de validation par le conseil d’administration à venir — le candidat retenu a notamment occupé les fonctions de directeur de l’eau auprès du préfet de région entre 2021 et 2024
- 5 août 2026 : le conseil d’administration de la régie est installé et élit sa présidente
- Démarrage effectif de la régie confirmé au 1er janvier 2027
- 24 juin 2026 : en parallèle, le congrès des élus vote à l’unanimité le principe d’un transfert de 80 à 100 agents du SMGEAG vers les collectivités locales pour réduire la masse salariale du syndicat — mesure vivement contestée par les organisations syndicales, qui dénoncent une méthode jugée brutale
Situation en cours d’évolution au moment de la rédaction de cette page : les compétences exactes de la régie, son organigramme et les modalités du transfert d’agents restent à confirmer à mesure que la préfiguration avance.
🇫🇷 Sources officielles (section institutionnelle)
- Chambre régionale des comptes de Guadeloupe-Guyane-Martinique — Rapport d’observations définitives sur la gestion du SIAEAG, années 2005 et suivantes, annexe à la lettre n°1212 du 18/12/2012 : ccomptes.fr/fr/documents/24529
- Cour de cassation, 2e chambre civile, 12 septembre 2013, n°12-20.449 : legifrance.gouv.fr
- Assemblée nationale — Rapport n°4376, commission d’enquête relative à la mainmise sur la ressource en eau par les intérêts privés et ses conséquences, 15/07/2021 : assemblee-nationale.fr
- Assemblée nationale — Compte rendu n°70, audition des dirigeants de la Générale des Eaux Guadeloupe, 11/06/2021 : assemblee-nationale.fr
- Cour des comptes — fiche SMGEAG, rapport d’observations définitives : ccomptes.fr
- Registres INSEE/RNCS — SIREN 342397270, Générale des Eaux Guadeloupe, création juillet 1987 (recoupé sur 3 registres indépendants)
- Ministère de la Culture — Inventaire général du patrimoine culturel, base Mérimée, notice IA97101037 : pop.culture.gouv.fr
- Loi du 7 janvier 1983 (loi Defferre) — Décentralisation
- Protocole d’accord de fin de conflit signé le 4 mars 2009 au port autonome de Pointe-à-Pitre — texte intégral (21 pages), points 33 à 39 pour le volet eau ; archive également disponible via le Pôle Documentation Outre-mer : documentation.outre-mer.gouv.fr
- Assemblée nationale — Question écrite n°93468, 13e législature, et réponse ministérielle sur le suivi du protocole du 4 mars 2009 : assemblee-nationale.fr
- Loi n°2021-513 du 29 avril 2021 — Création du SMGEAG
- Chambre régionale des comptes Antilles-Guyane — Avis budgétaire sur le SMGEAG, 21 novembre 2025 (plan de redressement 2025-2030)
- Conseil Départemental de la Guadeloupe — Congrès des élus sur l’eau, 24 juin 2026, quatre résolutions et courrier solennel du 29 juin 2026 (cg971.fr)
- Résolution n°2 « moyens financiers et ressources » du XIXe congrès des élus de Guadeloupe, 17 juin 2025, texte officiel (kanoukafe.com)
- Cabinet ARFI — slides de diagnostic financier présentées au XXe congrès des élus sur l’eau, 24 juin 2026 (schéma directeur AEP, plan d’action prioritaire)
- Archives historiques des syndicats intercommunaux (SIAEAG, SISCSV, SIGF, SMNGT)
Historique de la crise technique
L’évolution des indicateurs techniques révèle 45 ans de dégradation continue : pertes, renouvellement, rendement du réseau. Les chiffres ne mentent pas.
Le réseau d’eau potable installé dans les années 1960-1970 commence à montrer des signes de vieillissement. Les premières fuites importantes sont constatées, mais les autorités publiques minimisent l’ampleur du problème.
- Infrastructure datant de 15-20 ans déjà vieillissante
- Premières coupures d’eau sporadiques dans certaines communes
- Investissements de maintenance jugés « non prioritaires »
- Absence de vision à long terme pour la gestion de l’eau
- Début de la dégradation des canalisations en amiante-ciment
Les coupures d’eau deviennent plus fréquentes, particulièrement en saison sèche. Le taux de pertes du réseau augmente régulièrement sans qu’aucune action corrective majeure ne soit entreprise.
- Taux de pertes estimé dépassant les 40-50%
- Multiplication des ruptures de canalisations vétustes
- Premières mobilisations citoyennes face à l’inaction
- Retards d’investissement cumulés année après année
- Gestion fragmentée entre plusieurs syndicats intercommunaux
Les tours d’eau (rationnement programmé) deviennent la norme dans de nombreuses communes. La population guadeloupéenne doit désormais s’adapter à une distribution aléatoire de l’eau potable.
Le stockage domestique de l’eau devient obligatoire, mais se fait souvent dans des conditions insalubres (citernes non couvertes, contenants inadaptés), créant des risques sanitaires supplémentaires.
- Rendement du réseau tombant sous les 50%
- Tours d’eau généralisés : distribution 2-3 jours par semaine
- Impact économique majeur sur l’hôtellerie et le tourisme
- Problèmes de santé publique liés au stockage inadapté
- Perte de confiance totale dans la gestion publique de l’eau
- Pollution de certaines sources par le chlordécone
Plusieurs rapports officiels dénoncent l’état catastrophique du réseau d’eau guadeloupéen. Les élus reconnaissent publiquement le problème, mais les investissements restent largement insuffisants.
- Rapports alarmants des services de l’État sur le réseau
- Premières estimations du coût de remise en état : plusieurs centaines de millions d’euros
- Manifestations citoyennes contre les coupures répétées
- Complexité de la gouvernance : multiples syndicats intercommunaux
- Absence de schéma directeur cohérent à l’échelle de l’archipel
Entre 2018 et 2021, le SMGEAG réalise ses meilleurs efforts de renouvellement, avec un pic de 27,2 km renouvelés en 2021. C’est la période la plus active depuis la création du syndicat.
- 2018 : 24,25 km de réseau renouvelés
- 2019 : 19,06 km renouvelés
- 2020 : 11,63 km renouvelés
- 2021 : 27,20 km renouvelés (record)
- Mise en place progressive d’un SIG (Système d’Information Géographique)
- Total période : 82,14 km renouvelés sur 4 ans
Malgré ces efforts encourageants, le rythme reste très insuffisant par rapport aux 2 730,9 km de réseau total à entretenir.
Efforts de renouvellement Toujours insuffisantUn audit complet du réseau révèle des erreurs d’inventaire importantes : le linéaire total passe de 2 994 km (2020) à 2 593 km (2021), soit une correction de -401 km.
- Réévaluation précise du patrimoine grâce au SIG
- Cartographie numérique progressive du réseau
- Identification des zones prioritaires d’intervention
- 27,2 km renouvelés : meilleure performance annuelle
2022 marque un tournant dramatique : le renouvellement du réseau s’effondre à seulement 2 km, soit une chute de 92,6% par rapport à l’année précédente.
Simultanément, la situation se dégrade sur tous les indicateurs :
- 2 km renouvelés : plus bas niveau depuis 5 ans (vs 27,2 km en 2021)
- Pertes en hausse de +12% : indice passant de 46,7 à 52,3 m³/j/km
- Rendement du réseau chutant à 29,1% (71% de pertes !)
- 52,1 millions m³ d’eau perdus sur l’année
- Linéaire total réévalué à 2 730,9 km (+137,9 km découverts)
- Taux de renouvellement : 0,54% seulement
Face à l’urgence, un Programme Pluriannuel d’Investissement de 320 millions d’euros est annoncé pour la période 2024-2027, financé par :
- 20 M€ en fonds propres de la Région Guadeloupe
- Cofinancement du Département de Guadeloupe
- Subventions de l’État
- Fonds européens (FEDER)
- Emprunt du SMGEAG
En 2024, opération massive de renouvellement des compteurs : 18 000 compteurs remplacés (sur ~80 000 à changer).
Investissement massif Reste insuffisant face à l’ampleurLa Chambre Régionale des Comptes publie un rapport détaillé et sans concession sur la gestion du SMGEAG, révélant publiquement l’ampleur réelle de la crise.
— Chambre Régionale des Comptes, juillet 2025
Chiffres clés du rapport CRC :
- 208 ans nécessaires pour renouveler tout le réseau
- 36% de taux d’impayés, record national absolu
- 37 M€ de déficit cumulé entre 2021 et 2024
- 60% du réseau a plus de 30 ans d’âge
- 9 000 réparations de fuites effectuées en 2024
- ~80 000 compteurs à remplacer (plus de 15 ans)
Face à l’urgence révélée par les chiffres officiels, les citoyens se mobilisent pour exiger des solutions durables, une gestion transparente et des investissements massifs.
Des voix s’élèvent pour réclamer une gestion locale autonome des ressources en eau, avec un contrôle citoyen renforcé et des financements adaptés à l’ampleur du défi.
Mobilisation en cours75 ans d’histoire, une crise persistante
De la tutelle de l’État à la fragmentation des années 2000, l’histoire de la gestion de l’eau en Guadeloupe révèle les difficultés structurelles qui ont conduit à la crise actuelle. Le SMGEAG représente une opportunité de rupture avec un modèle qui a montré ses limites, mais les défis restent immenses face à des décennies de sous-investissement et de négligence.
Sources officielles (données techniques et crise)
- RPQS (Rapport sur le Prix et la Qualité du Service) SMGEAG 2022
- Rapport de la Chambre Régionale des Comptes, juillet 2025
- Observatoire de l’Eau de la Guadeloupe
- France Info – « Il faudrait plus de 200 ans au SMGEAG pour remettre le réseau en état »
- IEDOM (Institut d’Émission des Départements d’Outre-Mer) – Rapports économiques 2023-2024
- Voir l’onglet « Historique institutionnel » ci-dessus pour l’ensemble des sources juridiques et institutionnelles détaillées (CRC, Assemblée nationale, INSEE/RNCS, Légifrance, base Mérimée).
