Chronologie des annonces prévionnelles de sortie des tours d'eau — Guadeloupe
Chronologie — sources vérifiées

Chronologie des annonces prévisionnelles de sortie des tours d'eau

Depuis 2016, plusieurs échéances de fin du rationnement d'eau (« tours d'eau ») ont été annoncées par l'État, la préfecture ou le SMGEAG. Cette page recense, avec sources primaires, celles que nous avons pu vérifier — pas plus.

Voir aussi la vérification détaillée de l'objectif le plus récent : « sortie à 100 % fin 2025 » — vérification commune par commune.

Et ce qui a été concrètement réalisé, indépendamment des annonces : inventaire consolidé des travaux d'eau et d'assainissement.

Méthode

Chaque ligne de la chronologie ci-dessous s'appuie sur une source primaire ou une publication de presse datée que nous avons consultée directement. Nous avons délibérément écarté plusieurs affirmations qui circulaient (un report explicite « fin 2026, voire 2027 » attribué à une audition au Sénat, le titre exact d'un rapport Irstea, une échéance datée dès 2014 ou 2015) faute de les retrouver telles quelles dans les documents sources — voir la note en bas de page.

Recherche menée en croisant réponses ministérielles publiées au Journal officiel, rapports du Sénat, presse locale datée, et documents institutionnels (SMGEAG, préfecture, Observatoire de l'Eau). Chaque source est liée ci-dessous.

La chronologie vérifiée

DateAnnonce / faitRésultat constatéSource
30 mai 2016 Signature du Plan Eau DOM par l'État (Ségolène Royal, Marisol Touraine, George Pau-Langevin). Première des trois priorités affichées par le plan lui-même : « Mettre à niveau les services à l'usager (…) il s'agit, dans certains territoires concernés, de mettre fin aux tours d'eau qui handicapent le développement économique et social, en focalisant l'action sur la réduction des fuites dans les réseaux (…) ». Priorité affichée dès le texte fondateur — aucune date-cible chiffrée dans ce document Plan d'actions Eau DOM, 30/05/2016 · circulaire du 29/06/2016
2014–2020 90 M€ de subventions apportées par l'État aux réseaux d'eau et d'assainissement de Guadeloupe (+30 M€ prévus 2021-2022). Financement documenté, pas une échéance de sortie Ministère des Outre-mer, 15/03/2022 (archive)
15 janvier 2018 Déclaration solennelle des EPCI : lancement d'un plan biannuel d'actions prioritaires de 71 M€. Texte exact : « L'exécution de ce plan prioritaire devrait nous permettre de mettre fin aux tours d'eau solidaires et aux pénuries observées dans certains secteurs. » Objectif affiché dès ce texte — aucune date-cible chiffrée Déclaration solennelle EPCI, préfecture de Guadeloupe, 15/01/2018actu-environnement.com
28 septembre 2018 En visite en Guadeloupe, Emmanuel Macron réaffirme l'engagement de l'État de faire cesser les tours d'eau « dans les deux ans ». Voir échéance datée ci-dessous Événement confirmé officiellement : Élysée, « Discours devant les acteurs de l'eau de Guadeloupe ». Formulation « dans les deux ans » : RCI Guadeloupe, 28/09/2018 (source secondaire — le texte du discours n'était pas extractible pour vérifier le mot pour mot).
Décembre 2018 Le rapport final de l'expertise Irstea (Eddy Renaud, commandée par l'État dans le cadre du plan Eau DOM) formalise techniquement l'objectif politique en une trajectoire à trois jalons : « Cible 2020 : Fin des tours d'eau » — définie comme « être capable, en période normale, d'alimenter en permanence l'ensemble des usagers » —, puis Cible 2022 (sécurisation face aux aléas courants) et Cible 2027 (aléa exceptionnel). Le rapport chiffre l'effort requis : sur des pertes physiques estimées à 39 millions de m³/an (56 % des 70 millions de m³ produits en 2017), il faudrait en supprimer environ 10 millions de m³/an pour obtenir 4 millions de m³/an réellement disponibles pour les usagers — condition jugée nécessaire pour atteindre la cible 2020. Le rapport chiffre aussi l'écart avec le plan de 71 M€ en cours : les 78 km de renouvellement de canalisations prévus au PAP ne devraient économiser qu'environ 7,5 millions de m³/an (extrapolation du taux mesuré à Capesterre-Belle-Eau, 96 000 m³/km/an) — insuffisant face aux 10 millions de m³/an nécessaires. Conclusion du rapport : « compter sur les seuls travaux de renouvellement prévu au PAP pour sortir de la crise est hasardeux », des actions supplémentaires de lutte contre les fuites étant jugées indispensables. Expertise technique commandée par l'État, pas une annonce politique — objectif chiffré non atteint Irstea, « Expertise eau potable en Guadeloupe 2018 » — Rapport final, décembre 2018 (p.11 et p.13)
12 juin 2019 Compte rendu officiel de l'Élysée sur l'entretien Macron–Ary Chalus : « Il rappelle l'objectif de mettre fin aux tours d'eau d'ici juin 2020 et confirme l'engagement massif et durable de l'État pour accompagner les investissements des collectivités. » Non atteinte Élysée, 12/06/2019
9 novembre 2019 Nouveau compte rendu Élysée : « M. Emmanuel MACRON a confirmé que l'État soutient (…) les travaux d'urgence pour la suppression des tours d'eau et la création d'un syndicat unique en 2020. » Non atteinte Élysée, 09/11/2019
17 avril 2019 Conférence régionale des acteurs de l'eau (Basse-Terre). Le préfet Philippe Gustin déclare : « La fin des tours d'eau ne se fera pas du jour au lendemain, mais elle doit rester un objectif d'ici fin 2020. » Plus loin dans la même réunion, il tempère déjà : « le problème de l'eau ne sera pas résolu fin 2020 », tout en maintenant l'objectif comme cap. Non atteinte — le préfet l'anticipe lui-même en séance Compte-rendu officiel, préfecture de Guadeloupe (30/04/2019)
Mai 2020 En plein confinement, l'État réquisitionne les opérateurs d'eau pour réparer 4 000 fuites (~18 000 m³/j économisés, plus de 6 M€ investis), alors que les populations subissaient des coupures « inadmissibles ». Effort réel documenté, sortie non constatée Réponse ministérielle, JO 04/05/2021 · Ministère des Outre-mer, 15/03/2022 (archive)
Depuis 2021 30 M€ supplémentaires accordés sur deux ans par le Gouvernement, mobilisant le programme France Relance pour financer à 80 % la réparation de 2 500 fuites supplémentaires, travaux menés par la Région. Effort de financement documenté, pas une échéance de sortie Ministère des Outre-mer, 15/03/2022 (archive)
25 octobre 2023 Visite du ministre délégué aux Outre-mer Philippe Vigier à l'usine de Beauvallon (Basse-Terre), après le cyclone Tammy. Il annonce vouloir engager 120 M€ pour 30 opérations, avec une fin de travaux visée au « printemps 2025 ». RCI cite par ailleurs une programmation pluriannuelle jusqu'en 2027, financée par la Région (80 M€), le Département (40 M€) et l'État (100 M€) — 80+40+100 = 220 M€, à ne pas confondre avec les 120 M€ : l'article ne précise pas si ce sont deux enveloppes distinctes ou si les 120 M€ sont une sous-partie du pluriannuel 2027. Échéance de travaux, pas directement une promesse de sortie des tours d'eau — à recouper avec l'avancement réel RCI Guadeloupe, 25/10/2023 (la visite est confirmée par un communiqué officiel, 23/10/2023, mais celui-ci ne reprend pas les chiffres 120 M€/30 opérations/printemps 2025 — non retrouvés en source officielle)
27 juin 2024 PPI accéléré de 213 M€ (Gouvernance à 4 : État, Région, Département, SMGEAG) — objectif territorial : sortie à 100 % pour 8 communes (Sainte-Anne, Saint-François, La Désirade, Le Gosier, Capesterre-Belle-Eau, Terre-de-Haut, Terre-de-Bas, Trois-Rivières — 34 000 habitants) et sortie partielle pour 3 autres (Abymes, Sainte-Rose, Saint-Claude — 19 000 habitants). État d'avancement au 04/06/2024 : 76 158 habitants recensés en tours d'eau, 52 932 sorties prévisionnelles (70 %) sur la base de 179 M€ de financement AEP disponibles. Majoritairement non atteinte (voir page dédiée) Document interne « Réunion de la Gouvernance à 4 du SMGEAG », 27/06/2024 (non public — transmis pour vérification)
6 août 2024 Communication publique de ce même plan, sur le portail officiel de l'État : « sortir 50 000 habitants des tours d'eau dès 2026 » — formulation en nombre de personnes et échéance « 2026 », distincte de la formulation « fin 2025 » utilisée par l'Observatoire de l'Eau pour le même programme. Deux formulations officielles coexistent pour le même plan — écart à noter, pas nécessairement deux objectifs distincts Portail de l'eau, préfecture de Guadeloupe (maj 06/08/2024)
Fin 2025 Échéance de sortie territoriale ci-dessus (Observatoire de l'Eau). Non atteinte — 7 communes sur 8 encore en tours d'eau en août 2026 Vérification détaillée, commune par commune · Observatoire de l'Eau
12 mars 2025 Audition au Sénat : la Cour des comptes (Mme Démier) indique que 25 % de la population guadeloupéenne est encore soumise aux tours d'eau. Constat, pas une prévision Rapport Sénat n°r24-440
24 juin 2026 Congrès des élus sur l'eau. Quatre mesures adoptées : réparer jusqu'à 10 000 fuites par an, redresser les finances du SMGEAG, créer un « chèque eau » pour les ménages les plus précaires, et accélérer la reconstruction des réseaux. Des associations et collectifs se sont mobilisés devant le Conseil départemental pendant ce Congrès. Mesures adoptées, trop récentes pour être évaluées — aucune échéance chiffrée de sortie des tours d'eau annoncée à cette occasion Vérification de l'objectif 2025 (contexte complémentaire) — Guadeloupe La 1ère

Deux échéances explicites et datées ont donc déjà été manquées : juin 2020 (rappelée deux fois par l'Élysée en 2019) puis fin 2025 / 2026 selon la source (PPI accéléré 2024). Cinq ans séparent ces deux annonces ; les deux ont été dépassées sans que les tours d'eau cessent.

Ce que nous n'avons pas retenu, et pourquoi

Un report explicite « fin 2026, voire 2027 », attribué à une audition du président du SMGEAG au Sénat le 10/03/2025 : introuvable dans le rapport officiel du Sénat consulté (n°r24-440), et daté de façon incohérente (l'échéance « fin 2025 » n'était pas encore expirée à cette date).

Une échéance datée en 2014 ou 2015 : ces années correspondent au lancement du PSAEP et à des diagnostics documentés de la crise, mais aucune source primaire consultée n'y fixe une échéance chiffrée de sortie des tours d'eau.

Correction (25/08/2026) : cette page affirmait plus tôt qu'aucun document Irstea ne portait explicitement le titre « Stratégie pour une fin des tours d'eau en 2020 ». C'était une erreur — ce document existe bel et bien : il s'agit d'une présentation orale d'Eddy Renaud à la Conférence Régionale des Acteurs de l'Eau, Basse-Terre, 19 juin 2019, qui synthétise les deux rapports écrits (juin et décembre 2018, détaillés dans les lignes ci-dessus). Elle ne constitue pas un troisième rapport indépendant, mais elle apporte une précision utile : elle révise à la baisse l'estimation d'économie d'eau attendue des 78 km de renouvellement du PAP — « en prenant en compte d'autres sources (fiches du PAP, ILP moyens), la réduction des fuites liée au PAP ne devrait pas dépasser 5 000 000 m³ » (contre 7,5 Mm³ dans l'extrapolation initiale du rapport final, elle-même qualifiée de « fourchette haute »), à comparer aux 10 Mm³ jugés nécessaires — creusant encore l'écart. La présentation dresse aussi, à cette date, un état des lieux des actions déjà engagées : pré-diagnostic réalisé (hiérarchisation restant à valider), traitement initié sur certaines zones (diagnostics, marchés de recherche de fuites), marché de réparations à l'étude, groupe technique dédié aux feeders constitué, étude du feeder de Belle Eau Cadeau lancée, appui de la régie Eau de Paris en cours, recrutements par les acteurs supra-locaux réalisés ou en cours, études patrimoniales partiellement réalisées, appel d'offre pour une « cellule d'appui technique » lancé. Source : Irstea, « Stratégie pour une fin des tours d'eau en 2020 », présentation du 19/06/2019, préfecture de Guadeloupe.

Mise à jour : la formulation « dès 2026 » pour ce même objectif PPI 2024 a depuis été retrouvée en source primaire officielle (portail de l'eau, préfecture, 06/08/2024) — voir la ligne du 6 août 2024 dans la chronologie ci-dessus.

Pourquoi ces échéances n'ont pas été tenues

Les sources déjà citées dans cette chronologie permettent d'identifier plusieurs causes structurelles, documentées avant même les échéances manquées — pas seulement constatées après coup :

  1. Le levier principal (les fuites) était sous-dimensionné financièrement, et l'écart était connu à l'avance. Le rapport final Irstea (décembre 2018) chiffre qu'il fallait supprimer environ 10 Mm³/an de fuites pour sortir des tours d'eau en 2020, alors que les 78 km de renouvellement prévus au plan d'urgence de 71 M€ n'en économisaient qu'environ 7,5 Mm³/an — avec la conclusion explicite que « compter sur les seuls travaux de renouvellement prévu au PAP pour sortir de la crise est hasardeux ».
    « pour atteindre le volume annuel apparent de réduction des pertes physiques nécessaire à la fin des pénuries en 2020, 4 000 000 m³, il faut une réduction volume annuel des fuites existantes de l'ordre de 10 000 000 m³ » (p.13) · « L'extrapolation de cette valeur de 96 000 m³/km/an aux 78 km de renouvellement prévus au PAP conduit à une économie de 7 500 000 m³/an » (p.24) — Irstea, rapport final, décembre 2018. Estimation révisée à la baisse en juin 2019 : « en prenant en compte d'autres sources (fiches du PAP, ILP moyens), la réduction des fuites liée au PAP ne devrait pas dépasser 5 000 000 m³ » — Irstea, présentation du 19/06/2019
  2. Une partie significative des 71 M€ investis ne visait pas directement l'objectif. L'expertise Irstea classe les opérations du plan en trois niveaux : seuls 38,2 M€ sur 71,4 M€ (54 %) sont des opérations « sans regrets » contribuant réellement à la fin des tours d'eau ; 22,35 M€ (31 %) n'y contribuent pas selon leur propre grille d'analyse (voir détail sur la page financements).
    Tableau 7 : Niveau 1 = 38 200 000 € · Niveau 2 = 10 850 000 € · Niveau 3 = 22 350 000 € · Total = 71 400 000 € (p.23). Niveau 3 défini comme « actions qui ont un intérêt localisé mais qui ne contribuent pas à l'atteinte de l'objectif de fin des tours d'eau » (p.20) — Irstea, rapport intermédiaire, juin 2018
  3. Le plan reposait presque uniquement sur un seul des quatre leviers nécessaires. Irstea identifie quatre leviers indispensables pour réduire durablement les fuites — renouvellement des conduites, connaissance/mesure du réseau, recherche active des fuites, régulation des pressions — mais le plan d'urgence 2018 était concentré sur le seul renouvellement, une stratégie que le rapport qualifie explicitement de « vouée à l'échec » si elle reste isolée.
    « La lutte contre les pertes physiques s'appuie sur quatre piliers (Renaud et al., 2014) : 1. La connaissance du réseau... 2. La recherche active des fuites... 3. La gestion des pressions 4. Le renouvellement des conduites et des branchements. Une stratégie de lutte contre les pertes centrée sur le seul renouvellement est vouée à l'échec » (p.19). Tableau 8 : Renouvellement = 38 M€ sur 71,4 M€ (53 % du plan), contre 9,5 M€ pour la Production, 14,1 M€ pour le Stockage, 1,75 M€ pour le Pompage et 8,05 M€ pour l'Aménagement (p.24) — Irstea, rapport intermédiaire, juin 2018
  4. Le réseau partait d'un état structurellement très dégradé — et la situation a continué de se dégrader après les investissements, pas seulement avant. Catégorie D (la pire catégorie de performance définie par la Banque mondiale), indice de pertes ILI=13 (seuil acceptable : <8), rendement de distribution réel autour de 36-40 % en 2017-2018 — alors que le schéma départemental de 2010-2011 visait déjà 66 % pour 2020. Le rendement réglementaire mesuré par le SMGEAG lui-même a ensuite continué de chuter, passant de 38,3 % en 2021 à seulement 29,1 % en 2022, malgré les 71 M€ du plan d'urgence 2018 et les financements suivants.
    « Les valeurs de 13 > 8 pour ILI et 523 > 300 pour les pertes par branchement, correspondent à la catégorie D "Système très inefficace, programmes de réduction des fuites impératifs et prioritaires" » (p.15-16) — Irstea, rapport intermédiaire, juin 2018. Rendement réglementaire P104.3 : 38,3 % (2021) → 29,1 % (2022) — SMGEAG, RPQS eau potable 2022, cité dans la vérification de l'objectif 2025
  5. Une gouvernance fragmentée jusqu'à récemment. Multiples EPCI et opérateurs (régies, délégations de service public, syndicats) sans pilotage unifié pendant l'essentiel de la période couverte par cette chronologie ; le syndicat unique (SMGEAG) n'a été créé qu'en 2021, après plusieurs des échéances déjà manquées.
    « La proposition de loi relative à la gouvernance des services publics de l'eau et de l'assainissement, adoptée définitivement les 8 et 15 avril [2021] au Sénat et à l'Assemblée nationale, prévoit une structure unique de gestion de l'eau et de l'assainissement à l'échelle de toute la Guadeloupe » — Réponse ministérielle, JO 04/05/2021
  6. Des taux d'impayés très élevés (37 % en 2018, 50 % en 2019 selon la réponse ministérielle à la question écrite n°32585) limitant l'autofinancement des opérateurs, donc leur capacité à agir au-delà des seules subventions publiques. Mise à jour (2026) : le taux d'impayés reste structurellement élevé sept ans plus tard — la Chambre régionale des comptes (CRC) le chiffre à 42 % en 2026, avec un plan de redressement du SMGEAG visant seulement 34 % en 2030 ; le déficit réel de l'opérateur est évalué à 57,5 M€ par la CRC.
    « les recettes limitées en raison de taux moyens d'impayés particulièrement élevés (37% en 2018 et 50% en 2019) ne permettent pas aux opérateurs de disposer de capacités d'autofinancement suffisantes » — Réponse ministérielle, JO 04/05/2021. Mise à jour : « déficit réel du SMGEAG de 57,5 M€ [...] plan de redressement [...] jusqu'en 2030, avec un taux d'impayés visé à 34 % en 2030 contre 42 % en 2026 » — RCI Guadeloupe · Outremers360, cité dans la vérification de l'objectif 2025
  7. Une contrainte technique aggravante sur les feeders : réduire les fuites du réseau suppose de remonter la pression dans les grandes canalisations d'adduction (feeders), ce qui augmente mécaniquement le débit des fuites restantes et le risque de casses — une partie des gains espérés de la lutte contre les fuites de distribution pouvait donc être annulée par des pertes accrues sur les feeders eux-mêmes, tant que ceux-ci n'étaient pas équipés d'une régulation de pression.
    Exemple chiffré sur le feeder de Belle Eau Cadeau (40 % de la production d'eau potable guadeloupéenne) : « Le volume de fuite du BEC en 2017 était d'environ 3 500 000 m³ (12% du volume produit) [...] en cas de retour à une situation d'équilibre la pression serait en moyenne de 80 mCE [contre 40 mCE] [...] le volume annuel des fuites existantes passerait à 5 000 000 m³, soit une augmentation de 1 500 000 m³ » — Irstea, rapport final, décembre 2018 (p.20)
  8. Le levier que l'Irstea jugeait indispensable dès 2018 — la recherche active des fuites — dispose d'outils technologiques mais reste en sous-effectif humain critique des années plus tard. Le SMGEAG a bien créé en 2023 un service dédié, le LCDE (Lutte Contre les Déperditions d'Eau), et s'est équipé depuis d'au moins deux outils de détection assistée par IA : NAUTILUS (une sphère à capteurs injectée dans les canalisations) et, début août 2026, un partenariat avec la société Leakmited (analyse du réseau par IA, avec des premiers résultats concrets dès la première semaine de déploiement). Mais son propre président reconnaît en juillet 2026 qu'une seule personne est affectée à temps plein à la recherche de fuites, une équipe auparavant plus fournie ayant fui le service après des années de difficultés. Une enquête distincte de Guadeloupe La 1ère (juin 2026) attribue de même la persistance des tours d'eau en Grande-Terre à un effectif insuffisant au regard du volume de fuites à traiter sur les 1 135 km de réseau de ce territoire. C'est la confirmation empirique, cinq à huit ans plus tard, exactement du type de lacune (pilier n°2 sur quatre) qu'Irstea avait déjà identifiée comme condition de réussite — la technologie seule ne suffit pas sans les effectifs pour l'exploiter et suivre ses résultats sur le terrain.
    « Une seule personne [est] affectée à temps plein à la recherche des fuites » — Henri Yacou, président du SMGEAG : « C'est inquiétant. Il y avait une belle équipe avant, mais nous avons eu tellement de problèmes depuis trois ou quatre ans que tout ce personnel a préféré changer de service » — Outremers360, 26/07/2026. « Leakmited : une innovation au service du réseau ! [...] Objectif : mieux analyser le fonctionnement du réseau, détecter les fuites, les anomalies et renforcer durablement sa performance au service des usagers » — SMGEAG, LinkedIn, début août 2026. Voir aussi « Une enquête de Guadeloupe La 1ère (juin 2026) attribue la persistance des tours d'eau en Grande-Terre à un effectif jugé insuffisant de ce service au regard du volume de fuites à traiter sur les 1 135 km de réseau de ce territoire » — Guadeloupe La 1ère, juin 2026, également citée dans la vérification de l'objectif 2025
  9. L'absence d'indicateurs avant/après, déjà signalée par Irstea en 2018, n'a toujours pas été comblée en 2025. Le rapport intermédiaire recommandait un « diagnostic permanent » basé sur la mesure continue des débits pour pouvoir évaluer l'effet réel de chaque chantier. Sept ans plus tard, le SMGEAG écrit lui-même que l'impact de certaines de ses actions sur la diminution des tours d'eau ne sera pas mesuré, faute d'indicateurs de performance — rendant impossible toute démonstration sérieuse de causalité entre un chantier donné et une baisse effective des coupures.
    « Le SMGEAG écrit que l'impact de certaines actions sur la diminution des tours d'eau ne sera pas mesuré, faute d'indicateurs de performance » — SMGEAG, plan d'action urgent, décembre 2025 (p.7-12), cité dans la vérification de l'objectif 2025

Les conditions à réunir

D'après tout ce qui est déjà vérifié et sourcé dans ce dossier, les conditions à réunir se répartissent en plusieurs familles distinctes — techniques, financières, organisationnelles, humaines et de pilotage. Aucune de ces familles prise isolément ne suffit ; c'est justement leur addition, jamais complète jusqu'ici, qui explique les échéances manquées.

  1. Condition technique — les 4 piliers de lutte contre les fuites, pas un seul. Irstea (rapport intermédiaire, juin 2018, p.19) est explicite : renouvellement des conduites, connaissance/mesure du réseau, recherche active des fuites, régulation des pressions. Une stratégie centrée sur le seul renouvellement est « vouée à l'échec ». Le plan de 71 M€ de 2018 mettait 53 % de son budget sur ce seul pilier (Tableau 8).
  2. Condition quantitative — un volume de fuites supprimées suffisant. Il fallait ~10 Mm³/an de fuites en moins pour sortir en 2020 ; le PAP n'en apportait que 7,5 Mm³ (révisé à 5 Mm³ en juin 2019). L'écart était donc connu et documenté avant l'échéance, pas découvert après coup.
  3. Condition financière — que l'argent alloué cible réellement l'objectif. Sur les 71,4 M€ du plan de 2018, seuls 38,2 M€ (54 %) étaient classés « sans regrets » par Irstea ; 22,35 M€ (31 %) ne contribuaient pas à la fin des tours d'eau selon leur propre grille. Un budget qui affiche un montant total élevé n'est pas la même chose qu'un budget dont chaque euro vise la cible (détail sur la page financements).
  4. Condition de solvabilité de l'opérateur. Taux d'impayés de 37 % (2018) à 50 % (2019), encore 42 % projeté en 2026 selon la CRC — cela limite l'autofinancement, donc la capacité d'action au-delà des seules subventions. Le déficit réel du SMGEAG (57,5 M€, CRC 2026) reste un facteur de risque pour le rythme d'exécution.
  5. Condition hydraulique annexe — les feeders. Remonter la pression pour réduire les fuites de distribution augmente le débit des fuites sur les grandes canalisations d'adduction tant qu'elles ne sont pas équipées de régulation de pression (exemple chiffré du BEC : +1,5 Mm³ de fuites supplémentaires en cas de retour à l'équilibre de pression). Sans régulation des feeders, une partie du gain espéré s'annule mécaniquement.
  6. Condition de gouvernance unifiée. Gouvernance fragmentée (multiples EPCI/opérateurs) jusqu'à la création du SMGEAG en 2021 — après plusieurs échéances déjà manquées.
  7. Condition humaine — des effectifs suffisants pour exploiter les outils. Le SMGEAG dispose d'outils technologiques (NAUTILUS, partenariat Leakmited depuis août 2026), mais son propre président reconnaît (juillet 2026) qu'une seule personne est affectée à temps plein à la recherche de fuites. C'est la confirmation empirique, 5 à 8 ans plus tard, exactement du pilier n°2 qu'Irstea identifiait déjà : la technologie seule ne suffit pas sans les effectifs pour l'exploiter.
  8. Condition de mesure — un pilotage par indicateurs avant/après. Irstea recommandait dès 2018 un « diagnostic permanent » par mesure continue des débits. En décembre 2025, le SMGEAG écrit lui-même que l'impact de certaines actions ne sera pas mesuré faute d'indicateurs de performance — rendant impossible toute démonstration sérieuse de causalité entre un chantier et une baisse effective des coupures.
  9. Condition de robustesse climatique. Le SMGEAG lui-même relie les tours d'eau à des rendements médiocres (~30 %) et à la ressource en eaux de surface pendant le carême — donc même un réseau amélioré reste exposé à la sécheresse saisonnière sans diversification de la ressource (6 M€ prévus au plan 213 M€ pour ce volet, le plus petit des cinq).

En synthèse : la chronologie documente qu'aucune des échéances passées (juin 2020, fin 2025/2026) n'a réuni simultanément ces neuf conditions — le plus souvent, une seule ou deux étaient partiellement traitées (financement affiché, ou technologie déployée) pendant que les autres (gouvernance, effectifs, mesure, feeders) restaient en défaut. Voir aussi la section « Tours d'eau, rendement et travaux » de la vérification de l'objectif 2025.

Ce que la chronologie établit

Deux engagements datés et distincts sur la fin des tours d'eau ont été pris à cinq ans d'écart — l'un par le président de la République en personne, rappelé deux fois par l'Élysée en 2019 (« juin 2020 »), l'autre par le PPI accéléré de 2024 (« fin 2025 », ou « dès 2026 » selon la communication officielle consultée) — et tous deux ont été dépassés. Ce n'est pas un retard isolé sur un seul plan : c'est une répétition documentée du même type d'engagement, non tenu, sur près d'une décennie.